Haussler au bout de l'ennui
A la faveur d'une longue et belle échappée, l'Allemand Heinrich Haussler (Cervelo) a remporté la 13e étape du Tour 2009 à Colmar. Mais sous le déluge vosgien, c'est encore la déception qui prime. Personne n'a rien tenté parmi les favoris. Du coup, Rinaldo Nocentini (AG2R) reste en jaune.
Mais à quoi jouent-ils? Après avoir complètement escamoté la traversée des Pyrénées, les gros bras de ce Tour de France 2009, ceux qui sont supposés se disputer la victoire finale, ont annihilé la grande étape des Vosges. Sur le papier, ce 13e acte semblait pourtant excitant, mais les conditions climatiques, déplorables, ont visiblement tétanisé les favoris. Pour le spectacle, il faudra donc encore repasser. Heinrich Haussler, lui, s'en moque. Le jeune Allemand de l'équipe Cervelo fait un très beau vainqueur. A 25 ans, lui qui s'était déjà révélé il y a quatre ans en remportant une étape du Tour d'Espagne garnit un peu plus un palmarès qui n'a pas fini de s'étoffer. Il confirme mois après mois le talent qui est le sien.
Haussler a réussi un incroyable numéro, dont on ne le croyait à vrai dire pas capable sur un terrain aussi montagneux. Présent dans l'échappée lancée peu après le départ de Vittel, le coéquipier de Thor Hushovd a distancé tous ses compagnons pour s'imposer en solitaire après 200 kilomètres bouclés à plus de 40 km/h, une vitesse impressionnante vu le profil et la météo. Sylvain Chavanel, le dernier à résister à l'incroyable numéro de l'Allemand, a lâché prise à une cinquantaine de kilomètres de l'arrivée, alors qu'il semblait idéalement lancé vers une deuxième victoire en deux ans. Sur la ligne, Haussler a précédé de plus de quatre minutes Amets Txurruka, le Basque parti en contre-attaque dans la descente du Platzerwasel, à quelque 55 kilomètres de Colmar. Brice Feillu, vainqueur de l'étape d'Arcalis distancé par Txurruka dans le dernier col (Firstplan), a pris la troisième place à plus de six minutes, devant un Chavanel à la dérive. En passant la ligne, Haussler, très ému, n'a pu retenir des larmes de joie.
Tout bon pour Nocentini
Pour tout dire, nous aurions presque envie de pleurer, nous aussi, devant l'absence d'envergure de ce Tour de France jusqu'à présent. Les Pyrénées avaient déçu, les Vosges n'ont pas davantage séduit. C'est bien simple, il ne s'est rien passé entre les ténors. Cette fois, difficile d'incriminer le parcours. S'il est vrai que des deux trois étapes pyrénéennes étaient mal fichues avec leur dernier col situé trop loin de l'arrivée, le trajet Vittel-Colmar était propice aux offensives, avec l'enchainement de trois cols de deuxième et première catégorie, dont le Platzewasel, à la pente annoncée sélective. Toute la journée, on a donc guetté un soubresaut sur l'encéphalogramme plat du peloton. En vain. Les frères Schleck, Cadel Evans, Carlos Sastre et les autres sont restés au calme. Résultat, deux semaines après le départ de Monaco, soit quasiment aux deux tiers de l'épreuve, la hiérarchie au classement général n'est toujours pas établie, loin s'en faut. Après l'abandon de Levi Leipheimer, il y a désormais 2'16" entre le maillot jaune, Rinaldo Nocentini, et le 10e, Luis Leon Sanchez. Jamais, dans l'histoire plus que séculaire du Tour de France, l'écart entre les 10 premiers du général n'avait été aussi faible à ce stade de l'épreuve.
Bien sûr, la météo a joué un rôle important vendredi. Peut-être les choses auraient-elles été différentes si le soleil avait bien voulu être de la partie. Mais à Arcalis, il y avait trop de vent. Cette fois, il y avait trop de pluie. Et au Ventoux, il fera trop chaud? Ce tempo soporifique n'est pas pour déplaire à tout le monde. Vendredi, ils étaient même quelques uns à se frotter les mains. Rinaldo Nocentini, d'abord. L'Italien d'AG2R n'a eu aucun mal à suivre. Il reste cramponné à ses six petites secondes d'avance sur Alberto Contador et boucle une semaine complète en jaune. Tant mieux pour lui, après tout. L'équipe Astana peut elle aussi se friser les moustaches. Même s'ils ont perdu un pion essentiel avec l'abandon de Levi Leipheimer, les hommes de Johan Bruyneel restent dans une position idéale au classement. Ils ont toujours les clés de la course et chaque jour qui passe sans que leurs rivaux n'attaquent est une journée de gagnée. A ce rythme, il ne restera plus à Contador et Armstrong qu'à s'expliquer au Ventoux pour savoir qui des deux doit gagner ce Tour.
Autre bénéficiaire improbable du jour, Thor Hushovd. Le Norvégien n'est pas un grimpeur, mais quand ça dort, il est tout à fait apte à suivre les meilleurs. Il l'a fait vendredi. Présent dans le peloton principal d'une cinquantaine d'unités, il a empoché les 15 points de la 6e place à Colmar. Suffisant pour récupérer le maillot vert au détriment de Mark Cavendish, arrivé lui dans le gruppetto. Haussler vainqueur et Hushovd 6e d'une telle étape, on croit quand même rêver. Mais l'équipe Cervelo a réussi avec ses deux sprinters une double belle opération. Elle n'y croyait sans doute pas au départ. A défaut de valse des attaques, ce fut d'ailleurs la valse des maillots, puisque Franco Pellizotti s'est de son côté offert le maillot à pois que portait depuis plusieurs jours Egoi Martinez. Certains sont donc légitimement heureux au terme de cette 13e étape. Mais le Tour, lui, s'éloigne un peu plus de sa légende chaque jour.